- Les orgues Alexandre
- Établissement à Ivry : 1855
- 45 rue Gabriel Péri
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Les sites actuels de l’école maternelle Gabriel Péri et du collège Henri Wallon racontent une page importante de l’histoire industrielle d’Ivry-sur-Seine et de la banlieue parisienne : celle de la fabrique des orgues Alexandre et de la chocolaterie Vinay.
L’installation de la manufacture des Orgues Alexandre
En 1789, la présence d’un château seigneurial adossé à une colline est attestée dans les environs actuels du collège Henri Wallon. En 1855, le château est vendu à la famille Alexandre établie dans la fabrication d’orgues et d’instruments de musique. En effet, dès 1829, Jacob Alexandre fonde à Paris une manufacture d’accordéons et d’harmonicas qui fabrique progressivement des orgues expressifs pour « églises et salons » à destination du grand public. Le succès est phénoménal et la qualité des instruments est internationalement reconnue. À la tête de la société anonyme des orgues Alexandre, la famille du même nom fait construire à Ivry-sur-Seine une grande manufacture et une cité « idéale » de logements réservés à ses ouvriers, nommée « colonie ouvrière » ou « colonie laborieuse ». Le site, proche de Paris et de grands axes de communication, se révèle avantageux pour installer la manufacture.
Une gestion paternaliste
La famille Alexandre met en place une véritable gestion paternaliste de l’entreprise et de ses employés. Construite dans l’ancien parc du château sur les plans de l'ingénieur-architecte Ferdinand-Félix Le Blanc (1822-1905), la « colonie » constitue un ensemble d’une douzaine de blocs d’habitations totalisants 38 logements d’un ou deux étages avec jardins. Les pavillons les plus vastes sont réservés aux contremaîtres, les plus petits aux ouvriers. Une caisse de secours est établie pour venir en aide aux ouvriers malades ou blessés et un médecin est attaché à l’usine. Le salaire des ouvriers de la manufacture s’élève de 12 à 20 francs par jour contre 6 à 7 francs en moyenne pour les ouvriers de l’industrie en 1860. Utilisant l’ensemble des inventions nouvelles dans la fabrication d’instruments de musique, la manufacture est citée par le chroniqueur de la révolution industrielle Julien Turgan comme un exemple à suivre. Elle fait l’admiration de ses contemporains qui la considèrent comme une « nouvelle source de prospérité pour cette partie de la commune d’Ivry quelque peu abandonnée » comme l'écrit le chroniqueur du journal La presse de la banlieue dans son édition du 18 avril 1858.
La manufacture
L’usine est construite sur trois étages. Elle comprend un bâtiment central, deux ailes et une grande cheminée. Julien Turgan vante son gigantisme et sa beauté. Grâce à son architecture classique et son pavillon central surmonté d’un fronton et d’une horloge, elle est considérée comme un véritable « château-usine », à la fois image de marque pour la société et lieu de travail très organisé. Durant ses années fastes, l’usine compte 1000 ouvriers. Parmi eux, les accordeurs d’anches sont décrits par Julien Turgan en 1865 comme des « artistes émérites » dotés de « grâces d’état pour accomplir ce travail si méticuleux ». En 1881 alors que la société commence à péricliter, on dénombre encore dans la cité jusqu’à un millier d’ouvriers dont de nombreux menuisiers, pianistes, clavistes, ébénistes, mécaniciens, vernisseurs et facteurs d’orgues.
La production
Les orgues Alexandre sont au XIXe siècle une marque de réputation internationale et, de 1843 à 1914, la production est de plus de 50 000 instruments de tous modèles dont le tiers environ destiné à l’exportation en 1875. En 1882, à la mort de Jacob Alexandre, le fondateur de la compagnie des orgues Alexandre, la manufacture d’Ivry est déplacée dans les locaux du 90 rue Victor Hugo avant d’être placée en liquidation en 1914. L’usine est rachetée et occupée de 1882 à 1897 par les appareillages électriques Edison qui produisent des fournitures pour installer l’électricité. Le château est acheté par Jean-Jules Gosselin, descendant d’une famille ivryenne, qui le fait démolir pour construire des lotissements.
La Chocolaterie Vinay
En 1897 le chocolatier Pierre Vinay achète la manufacture pour y installer sa chocolaterie-confiserie dont le slogan est « Chocolat Vinay, chocolat parfait ». Il y fabrique du chocolat en barre, des dragées mais aussi des confiseries, gommes ou pastilles pour l’ensemble du territoire français. La proximité du marché parisien aidant, Ivry a compté plusieurs chocolatiers ou confiseurs sur son territoire, notamment l’établissement Pierrot-Gourmand. De nombreux Ivryens, essentiellement des femmes, ont travaillé à la chocolaterie Vinay. L’une d’elles, manœuvre saisonnière au début des années cinquante, témoigne « On était tout le temps dans la poussière. Les locaux n’étaient pas chauffés l’hiver. Je travaillais au grenier, éclairée simplement par les lucarnes, à la préparation de boules de chocolat pas chères ». Dès son ouverture, outre une odeur persistante de chocolat, l’usine rejette d’épaisses fumées dont se plaignent les riverains. En 1932, une loi est votée pour tenter de lutter contre les fumées industrielles. En conséquence, de nouvelles chaudières sont installées, mais le problème persiste jusqu’à la fermeture de l’usine. En 1936, comme dans de nombreuses usines de France, les salariés font grève et obtiennent une augmentation de salaire.
La fin de la page industrielle
En 1959, la société Vinay est placée en liquidation et la chocolaterie ferme définitivement ses portes. Les bâtiments sont brièvement occupés par un foyer d’immigrés maliens de 1969 à 1970. Dans les années 1970, les bâtiments sont condamnés et interdits au public, l’usine devient une friche industrielle. L’ancienne manufacture et son terrain sont finalement acquis par la municipalité en 1976. Les bâtiments sont entièrement détruits pour faire place à l’école maternelle Gabriel Péri et au collège Henri Wallon en 1982.
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Ressources :
Édouard, Adolphe et Adam Alexandre, Les orgues-mélodium d'Alexandre, père et fils : exposition universelle de 1855, Alexandre père et fils, Paris, 1855, 27 p.
Julien Turgan, "L'orgue expressif, manufacture de MM. Alexandre et fils", Les Grandes Usines. Études industrielles en France et à l'étranger, Paris, Michel-Lévy/La Librairie nouvelle, volume 4, 1863, p. 146-160.
Olivier Cinqualbre, "Architecture de manufacture et structure d'usine (1840-1870)", Inventaire général des monuments et des richesses artistiques de la France, Architectures d'usines en Val-de-Marne (1822-1939), Cahiers de l'inventaire n°12, 1988, p. 44-48.
Antoine Le Bas, Architectures de brique en Île-de-France. 1850-1950, Somogy, 2014, 297 p.
Thomas Portier, Gautier Mergey, "L'orgueil de l'orgue", Ivry ma ville, n°450, janvier 2014 .