Fort d'Ivry
Construction : 1841-1845
8 route du Fort

Le fort d’Ivry fait partie d’un ensemble défensif dont la construction fût entreprise dans les années 1840. Cet ensemble était composé d’une quinzaine de forts censés protéger la capitale en cas de conflit, secondant ainsi le mur de fortifications ceinturant Paris.

La défense de Paris

La construction de ce fort sous le règne de Louis-Philippe, outre l’objectif évident de la défense de Paris, répond aussi à la nécessité d’occuper les travailleurs de la capitale, dont l’oisiveté peut être menaçante. Les casemates du fort n’ont pas servi qu’aux soldats, puisque dès les Journées de Juin 1848, le bâtiment est utilisé comme une prison où sont enfermés 1504 insurgés. Dans le Journal d’un insurgé malgré lui, paru en 1849, un captif raconte :

« La vue de ce fort me rappelle à ma situation, et, franchissant le pont-levis, je remarque que ce pont va désormais se dresser entre nous comme une barrière infranchissable, ma chère amie ! L’arbre de la liberté placé au milieu du fort m’inspire de singulières réflexions sur le bonheur dont nous avons joui depuis la réapparition de cet emblème de la République. Il me semble, ne fût-ce que par respect pour la logique, que lui ou moi ne devrions pas être ici. »

Le fort d’Ivry fût aussi perçu comme un bâtiment militaire offensif, dont les canons menaceraient la capitale en cas de nouvelle insurrection de la population laborieuse parisienne. Cet usage envisagé a finalement été mis en pratique au moment de l’insurrection de la Commune en 1871 dans les forts de l’ouest parisien, repris aux insurgés par les troupes versaillaises. C’est durant cette période révolutionnaire de 1871 que le fort a connu le plus de dégâts, les insurgés ayant fait sauter une réserve de poudre avant d’abandonner le fort aux Versaillais à la fin du mois de mai.

Un ouvrage militaire

Le fort est un pentagone flanqué de cinq bastions, bâti à un emplacement stratégique. Sa position dominante sur les vallées de la Bièvre et de la Seine et la proximité des forts de Bicêtre et de Charenton devaient permettre de verrouiller l’accès à la capitale. L’entrée du fort est située sur le front nord. Un chemin de ronde court le long de l’escarpe du rempart, surplombant les fossés, la contrescarpe et les glacis. Au centre du fort, une vaste place d’arme est entourée de deux bâtiments construits à l’intention des officiers, d’une caserne pour la troupe et de deux magasins à poudre. Autour de ce champ de manœuvre, le rempart protège casemates et abris.

Un dédale au sous-sol

Le fort est bâti sur un réseau de carrières dont l’exploitation s’est arrêtée pour la construction. C’est dans ce réseau souterrain que J.C., le mystérieux auteur du Journal d’un insurgé malgré lui, a été enfermé en 1848 :

« Nous descendons, sentant un froid humide et glacial nous frapper au visage à mesure que nous avançons. […] Ces carrières sont immenses ; et je n’en ai vu que l’entrée, n’ayant jamais osé m’aventurer dans ce dédale, où, faute de connaître les marques inscrites au coin des rues, j’aurais pu me perdre, comme il est arrivé à de plus curieux. »

Les parois des carrières portent les marques des occupations successives du fort, sous la forme d’indications d’itinéraires mais aussi de graffitis laissés par les occupants, des carriers aux soldats cantonnés, en passant par les « Vive la République ! » des prisonniers de 1848. Plus de deux kilomètres de galeries sont aménagées de 1852 à 1860 dans ce sous-sol pour surveiller les fondations et pour servir d’abris en cas de bombardements.

De nouveaux usages

La guerre de 1870 met à jour le caractère obsolète de la ceinture de forts pour la défense de Paris, dû aux progrès de l’artillerie. Dès lors, l’histoire du fort d’Ivry est moins mouvementée. Il conserve cependant son usage militaire, en servant notamment de lieu de cantonnement pour les 21e et 23e régiments d’infanterie coloniale. Il abrite également un poste de DCA (Défense Contre Avions) durant la Première Guerre mondiale. Au cours de la Seconde Guerre mondiale, le fort voit successivement défiler en son sein une garnison allemande, les FFI (Forces françaises de l’intérieur), l’armée américaine puis le centre militaire de rapatriement. En 1947, le Service cinématographique des armées y installe durablement ses activités, avant de devenir l’ECPAD (Établissement de communication et de production audiovisuelle de la Défense) en 2001. Depuis le début du XXe siècle, les fossés du fort abritent des jardins ouvriers.

Carte postale, entrée du fort d'Ivry, 1900-1910. - Archives municipales d'Ivry-sur-Seine © Gautrot.
Plan manuscrit à usage militaire du fort d'Ivry et de ses environs, 4 novembre 1846. - © Archives municipales d'Ivry-sur-Seine.
Carte postale, brèche dans les remparts du fort, 1871. - Archives municipales d'Ivry-sur-Seine © A. Liébert.
Atlas des carrières souterraines du département de la Seine, fort d'Ivry, 1948. - Archives municipales d'Ivry-sur-Seine © Droits réservés.
Carte postale, soldats en cantonnement au fort d'Ivry, 1921. - © Archives municipales d'Ivry-sur-Seine.
Photographie aérienne du fort d'Ivry dans sa configuration actuelle, sans date. - Archives municipales d'Ivry-sur-Seine © ECPAD.
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Sitographie

http://www.ecpad.fr/

http://www.memorial.ivry94.fr/

Bibliographie

  • Martin Barros, Les fortifications en Île-de-France 1792-1944, Paris, Association Vauban/IAURIF, 1993.
  • Alain Clément, Gille Thomas (dir.), Atlas du Paris souterrain, la doublure sombre de la Ville lumière, Paris, Parigramme, 2001.

 

 

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