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Rassemblement devant le magasin le Hall populaire aprs l'assassinat du commissaire Jouin par Jules Bonnot, 24 avril 1912.

Archives municipales d'Ivry-sur-Seine D.Bergeron.

Portrait de Jules Bonnot.

Archives dpartementales du Val-de-Marne (2 J 360)

L'inspecteur Colmar l'hospice d'Ivry.

Archives dpartementales du Val-de-Marne (2 J 360)

Identification par la police de la fentre par laquelle s'est chapp Jules Bonnot.

Archives dpartementales du Val-de-Marne (2 J 360)

Antoine Gauzy emmen la gendarmerie du Petit-Ivry.

Archives dpartementales du Val-de-Marne (2 J 360)

Une du journal quotidien "La Presse" du jeudi 25 avril 1912.

Archives municipales d'Ivry-sur-Seine Droits rservs.

La fuite de Jules Bonnot

24 avril 1912

63 avenue Maurice Thorez94200Ivry-sur-Seine

Entre décembre 1911 et mai 1912, la traque par la police française de « la bande à Bonnot » fait les gros titres des journaux. À Ivry, elle donne lieu à une confrontation sanglante entre Jules Bonnot et des membres des forces de l'ordre qui tentent de l'arrêter.

Anarchistes illégalistes

Au début du XXe siècle, le mouvement anarchiste fait preuve d'une importante activité en France. Après l'abandon des attentats individuels menés durant les années 1880 et 1890, de nombreux militants anarchistes privilégient l'anarcho-syndicalisme comme tactique révolutionnaire. Pourtant, dès la fin 1911, ce sont des anarchistes adeptes des actions individuelles illégalistes qui s'affichent en une de la presse nationale : la « bande à Bonnot » aussi appelée « les bandits tragiques ».

Jules Bonnot, mécanicien automobile et militant anarchiste, a déjà réalisé plusieurs braquages et cambriolages lorsqu'il arrive à Paris au mois de novembre 1911. Il se lie avec un groupe de jeunes gens qu'il rencontre au siège du journal L'Anarchie. Grâce à son expérience, Bonnot joue virtuellement le rôle de chef, ou du moins de catalyseur pour le passage à l'acte. Raymond Callemin dit « Raymond la Science » et Octave Garnier sont ses plus proches complices tandis qu'Édouard Carouy, Marius Metge, Étienne Monier, René Valet et André Soudy interviennent de manière plus ponctuelle. Ces partisans de la reprise individuelle* mènent une série de vols, de cambriolages et de braquages au cours desquels ils n'hésitent pas à utiliser leurs armes à feu. Entre novembre 1911 et mars 1912, 2 policiers et 5 civils sont tués par des membres du groupe brouillant ainsi la frontière entre action politique et grand banditisme.

Dépassée par les méthodes modernes de la bande, notamment l'utilisation d'automobiles, la police se révèle en grande difficulté pour traquer et arrêter les membres du groupe.

 

*forme d'action individuelle dont le principe est de voler des biens à des personnes riches pour les redistribuer à des personnes nécessiteuses ou pour financer le mouvement anarchiste.

L'étau se resserre

Le 24 avril 1912, à 6h30 du matin, le commissaire Louis Jouin, sous-chef de la Sûreté nationale, procède à l'arrestation d'Étienne Monier. Les policiers trouvent sur lui des lettres adressées à deux sympathisants anarchistes : Cardi et Antoine Gauzy. Le commissaire Jouin et 4 policiers décident de se rendre chez Antoine Gauzy. Celui-ci habite au 1er étage d'un immeuble situé 63 rue de Paris (actuelle avenue Maurice Thorez) à Ivry. Au rez-de-chaussée, il tient avec sa femme un magasin de nouveautés et de confection, le Hall populaire. Cardi est sur place lorsque les policiers arrivent chez Gauzy qui affirme ne pas connaître Jules Bonnot.

Le commissaire Jouin et les inspecteurs Robert et Colmar décident de procéder à une perquisition dans l'appartement d'Antoine Gauzy au 1er étage de l'immeuble. Alors qu'ils s’engagent dans une chambre aux volets fermés et aux rideaux baissés, les policiers aperçoivent une silhouette tapis dans l'ombre. C'est Jules Bonnot caché derrière une table. Les coups de feu retentissent et le combat s'engage, rapide, brutale et sanglant. Le commissaire Jouin est tué, l'inspecteur Colmar est blessé. Bonnot, lui aussi touché, réussit à s'échapper. Il s'introduit dans l'appartement voisin puis saute par la fenêtre sur un cabanon qui lui permet d'arriver dans la cour de l'immeuble. Enjambant un mur, ils traversent une autre cour d'immeuble puis se faufile entre des propriétés et atteint enfin le sentier des Bossettes (actuelle rue René Villars). Il ne sera pas rattrapé.

La foule assemblée

L'enquête débute peu après les faits. Avant midi, plusieurs hauts responsables de la Sûreté parisienne se rendent à Ivry sur les lieux du crime : Xavier Guichard (commissaire divisionnaire et chef de la Sûreté), Mr Hamard (directeur du Service des recherches) et Mr Bertillon (Service de l'identité judiciaire). Mr Moissan, le commissaire d'Ivry, est également présent. Les enquêteurs cherchent à reconstituer les faits avec précision et à identifier le moindre indice qui pourrait les mettre sur la piste de Bonnot ou des membres de la bande. Ils retracent l'itinéraire par lequel il s'est enfuit en perdant sa trace rue des Bossettes.   

Dans le même temps, une foule importante s'est réunie devant le Hall populaire obligeant les autorités à constituer un service d'ordre. À 15h30, une ambulance transporte le cadavre du commissaire Jouin à l'hospice d'Ivry (actuel hôpital Charles Foix) où est déjà soigné l'inspecteur Colmar, touché par balle durant l'affrontement avec Bonnot. Dans la soirée, le blessé reçoit la visite de Raymond Poincaré, président du Conseil, qui lui annonce la décision de lui remettre la légion d'honneur.   

Au 63 rue de Paris, Antoine Gauzy est interrogé par le chef de la Sûreté parisienne, Xavier Guichard. Il affirme ignorer que son hôte était Jules Bonnot. Cela ne convainc pas les enquêteurs qui décident de le placer en état d'arrestation. À 12h15, les mains ficelées, il est conduit par les gendarmes à la gendarmerie du Petit-Ivry (103 de l'actuelle avenue Maurice Thorez). Dans la rue, il est conspué par la foule aux cris de : « À mort l'assassin ! Jetez-le à l’eau ! ». Des badauds lui assènent des coups de poing et de pied, malgré les agents qui l'escortent. Gauzy sera inculpé d'association et de recel de malfaiteurs, de complicité de coups et blessures à agents de la force publique dans l'exercice de leurs fonctions, avec l'intention de donner la mort. Le 28 février 1913, il est condamné par la cour d'assises de la Seine à 18 mois de prison pour recel de malfaiteurs.

La fin tragique de Jules Bonnot

Jules Bonnot, blessé durant l'affrontement à Ivry, trouve refuge chez un certain Dubois, sympathisant anarchiste qui possède un garage à Choisy-le-Roi. Le 28 avril 1912, soit quatre jours plus tard, son repère est localisé par les enquêteurs. À l'issue d'un véritable siège mené par plusieurs centaines de policiers et gendarmes ainsi que des habitants du quartier, l'anarchiste est gravement blessé. Transporté à l'Hôtel-Dieu, il décède à son arrivée à l'hôpital. Le 14 mai 1912, les deux derniers membres de la bande encore en liberté, Octave Garnier et André Valet, sont tués par les forces de l'ordre à Nogent-sur-Marne dans des conditions similaires à l'attaque de Choisy-le-Roi. La violence de ces évènements contribue sans doute à inscrire l'équipée de la bande à Bonnot dans la mémoire collective.

Le 29 octobre 1931, le nom  de « Sentier de la liberté » est attribué par délibération du conseil municipal à une portion de l'ancien sentier des Bossettes dont le tracé a été modifié. Le souvenir de la fuite de Jules Bonnot le 24 avril 1912 explique-t-il cette décision ? Aucun document d'archives ne permet de répondre à cette question.


Bibliographie

Jean Maitron, Le mouvement anarchiste en France, tome 1 : Des origines à 1914, réédition Gallimard, Paris, 2001.

Jean Guarrigues, « Les anars contre la République », L’Histoire,  numéro 191, septembre 1995.

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Construction : 1863-1869.