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Maison de sant : entre, portraits des mdecins, annes 1900.

Arch. mun. Ivry-sur-Seine.

Extrait du plan cadastral, 1839. Arch. mun. Ivry-sur-Seine.

Arch. mun. Ivry-sur-Seine.

Pavillon de direction de la Maison de sant, annes 1900.

Arch. mun. Ivry-sur-Seine.

Chapelle de la Maison de sant construite en 1855.

Arch. mun. Ivry-sur-Seine.

Pavillon d'hydrothraphie, 1911.

Arch. mun. Ivry-sur-Seine.

Amnagement intrieur de la Maison de sant, 1911.

Arch. mun. Ivry-sur-Seine.

Maison de sant Esquirol

Ouverture : 1828

6 Rue de Seine/23 Rue de la Mairie (actuelle avenue Georges Gosnat)94200Ivry-sur-Seine

Le 28 février 1828, le Préfet de Police de Paris informe le maire d'Ivry-sur-Seine du transfert dans sa commune d'une "maison de traitement d'aliénés" fondée en 1802 à Paris par le docteur Esquirol. Commence alors l'histoire de la maison de santé d'Ivry née de la volonté du célèbre aliéniste de soigner des patients aisés dans un environnement proche de leur milieu d'origine afin de favoriser leur guérison.

De Paris à Ivry

Sous la direction du docteur Étienne Mitivié, vingt-deux malades sont conduits le 12 mai 1828 de la maison parisienne, rue Buffon, devenue trop exiguë, à celle d'Ivry située rue de Seine (actuelle avenue Georges Gosnat). Esquirol y avait acquis une première maison de campagne en 1813 puis, en 1828, l'établissement que dirigeait la famille Potier pour y accueillir des aliénés. Cette acquisition dans une commune encore peu urbanisée et résidentielle prend son origine dans le rapport Des établissements des aliénés en France, et des moyens d'améliorer le sort de ces infortunés qu'écrit l'aliéniste en 1819. Il y défend l'idée que "les asiles doivent être bâtis hors des villes". Son expérience le convainc que "les maladies mentales ne se présentent pas exactement avec les mêmes formes, dans les diverses classes de la société" et que "leur traitement doit différer aussi selon leur classe". De statut privé, l'asile d'Ivry doit être pensé pour répondre à ces objectifs.

Médecins des aliénés

Étienne Mitivié, neveu d'Esquirol et conseiller municipal d'Ivry (1836-1855), est le premier directeur de la maison de santé. Il est secondé par Jules Baillarger et Jacques Moreau de Tours (1804-1884) qui acquièrent l'établissement. Ils s'associent avec Louis-Victor Marcé auxquels succède Jules-Bernard Luys (1828-1897) nommé conseiller municipal puis maire (1869). Paul Moreau de Tours (1844-1908), pionnier de la psychatrie infantile, reprend en 1904 la direction de la maison qui l'a vu naître. À son décès, son gendre, Pierre Dheur, la dirige. Il est remplacé par Achille Delmas puis par Georges Rallu, dernier directeur de la maison.

Une maison de santé modèle

L'établisement d'Ivry est décrit par un de ses directeurs, Pierre Dheur, auteur du fascicule La maison de santé d'Esquirol comme étant "la réalisation du rêve du savant aliéniste qui voulut avant tout créer une maison de santé modèle". Les bâtiments conçus par Esquirol s'inspirent en effet des plans d'un asile idéal qu'il a élaborés avec l'architecte Louis-Hippolyte Lebas. Pour la première fois, il fait bâtir des bâtiments avec galeries. Deux d'entre eux destinés aux "malades dangereux et violents" donnent sur des cours arborées pour la promenade, l'une pour les femmes et une seconde pour les hommes. D'autres galeries permettent d'accèder au parc et jardin dont les allées doivent favoriser le contact avec la nature. À l'angle des galeries, se trouvent des pavillons comprenant deux chambres, l'une pour le patient et l'autre pour le "domestique". Plus tard, des maisons individuelles sont construites pour des malades qui ne peuvent vivre en commun. Une chapelle est érigée en 1855. Le docteur Luys, directeur de la maison (1864-1895), aménage une maison de convalescence pour les malades non reconnus comme aliénés.

Guérir, surveiller et soigner

Si l'asile est un "instrument de guérison" selon Esquirol, les traitements qui y sont dispensés en sont le complément pour guérir de la folie. Le docteur Dheur décrit en quatre catégories les traitements appliqués à Ivry. Le traitement hygiénique correspond à "l'hygiène générale des aliénés" auxquel s'ajoute "une occupation facile à accepter" : "travail, musique, théâtre, bals, réunions, dîner en commun, jeux, lecture, arts d'agréments, congés, promenades en dehors". L'hydrothéraphie et la balnéothérapie sont mises en oeuvre et remplacées par l'électrothéraphie à la fin du XIXe siècle. La maison "propose de soigner les malades en respectant leurs habitudes sociales, en les isolant sans les séquestrer, et en les exposant au contact constant du médecin qui partage leurs repas et leurs jeux". Le personnel est nombreux tant pour la surveillance des malades que pour un confort répondant à leurs "habitudes sociales antérieures".

Les malades

À la fin du XIXe siècle, le nombre de malades accueillis en même temps à la maison de santé d'Ivry peut atteindre une centaine. Des patients étrangers, attirés par la réputation d'Esquirol et de ses successeurs s'y font soigner. Socialement, les malades sont issus de la bourgeoisie avec une surreprésentation des propriétaires et des rentiers ainsi qu'une part importante de cadres fonctionnaires et de membres des professions libérales. Ce profil socio-professionnel est en adéquation avec l'ambition de soigner les classes aisées. Le physicien Nicolas Léonard Sadi-Carnot, le compositeur Gaetano Donizetti, le poète Maurice Rollinat, le peintre Maurice Utrillo, Lucia Joyce fille de l'écrivain James Joyce, le poète Antonin Artaud... ont été soignés dans la maison de santé d'Ivry.

Fin d'une institution

Le démembrement de l'établissement commence après la Seconde Guerre mondiale pour laisser la place à un groupe de logements contruits par l'office municipal d'HBM (Habitations à bon marché), la cité Maurice Thorez. Son nom reste attaché à son fondateur Esquirol et aux personnes qui y séjournèrent dont le poète Antonin Artaud (1946-1948) est devenu la figure emblématique. La tombe de Nicolas Léonard Sadi Carnot, au cimetière d'Ivry, est avec le nom d'Esquirol atrribué à une rue de la commune, la seule mémoire de l'existence pendant plus d'un siècle de cette maison de santé. Elle a eu une place importante dans la géographie des établissements privés pour aliénés qui se sont développés à Paris et dans sa banlieue tout au long du XIXe siècle.

 

 


Bibliographie

Jean-Étienne-Dominique Esquirol, Des établissements des aliénés en France et des moyens d’améliorer le sort de ces infortunés, Paris, 1819.

Jean-Étienne-Dominique EsquirolExamen du projet de loi sur les aliénés, Paris, librairie J.-B. Baillière, 1838.

Pierre Dheur, La Maison de Santé Esquirol, Asselin et Houzeau, 1898.

Maison de santé d’Ivry, 38 p., 1911.

Jean-Pierre Luauté, Thérèse Lempérière, La vie et l’œuvre pionnière de Louis-Victor Marcé, Paris, Éditions Glyphe, 2012.

Archives municipales d'Ivry-sur-Seine, Un poète à Ivry, Antonin Artaud (1946-1948), 2008.

Claude Quétel, Histoire de la folie de l’Antiquité à nos jours, Paris, Taillandier 2009.

Jean-Pierre Luauté (sous la direction de), Les Moreau de Tours, Éditions Glyphe, 2018.

Sources

Archives municipales Ivry-sur-Seine.

Maison de santé de M. et Mme Potier, impasse du Liégat.
Autorisation de tenir une pension bourgeoise, 14 août 1824.
Procès-verbaux d'examens des malades
1825-1828.

Maison de santé de M. le docteur Mitivié.
Etat des malades admis dans l'établissement de Monsieur le docteur Esquirol à Paris et transférés dans celui de M. le docteur Mitivié à Ivry rue de Seine n° 3 bis, 12 mai 1828.

Autorisation de former une maison de traitement d'aliénés.
20 mai 1828.

Procès-verbaux d'examens des malades.
1828-1830.

Maison de santé de M. le docteur Mitivié.
Autorisation de recevoir des pensionnaires, 19 avril 1830.
Procès-verbaux d'examens des malades
1831-1833.

Maison de santé de M. le docteur Mitivié.
Procès-verbaux d'examens des malades
1834-1836.

Autorisation au docteur Luys, directeur de l'asile d'aliénés d'Ivry, de faire des dissections dans son établissement.
1873.

Autorisation au docteur Luys, directeur de l'asile d'aliénés d'Ivry, d'augmenter le nombre des malades.
1886.

 



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Hpital Charles Foix

Construction : 1863-1869.